les 2 jeunes capois.
La poésie haïtienne réalise une performance historique lors de l’édition 2026 du Prix Charles Péguy, organisé dans le cadre des Jeux Floraux du Béarn en France. Trois poètes haïtiens occupent l’intégralité du podium : Wasly Noris, lauréat du premier prix en francophonie, Peterly Salomon, récompensé du deuxième prix, et Bertony Louis, classé troisième ex æquo. Parmi eux, deux sont originaires du Cap-Haïtien, confirmant la vitalité de la nouvelle génération littéraire haïtienne.
Trois poètes haïtiens trustent le podium du Prix Charles Péguy 2026. Wasly Noris, 26 ans, agronome spécialisé en agroéconomie et développement durable, décroche le premier prix en francophonie pour son poème S.O.S. Peterly Salomon, 24 ans, étudiant en sciences juridiques, journaliste et enseignant en communication, obtient le deuxième prix pour son texte Lettre d’Urgences. Bertony Louis, né en 1994, enseignant et poète, complète ce podium entièrement haïtien avec une troisième place ex æquo.
Pour Wasly Noris, qui écrit depuis l’âge de 15 ans, cette distinction dépasse le cadre d’un simple prix littéraire. « Depuis un certain temps, je considérais ce prix comme un objectif. L’obtenir aujourd’hui, avec un premier prix en francophonie, revêt une grande signification », confie-t-il. Son poème S.O.S. explore la détresse existentielle et lance un appel à l’humanité face à la montée de ce qu’il nomme la « bêtise humaine ». De son côté, Peterly Salomon décrit sa distinction comme « un cri d’urgence et d’humanité ». Son texte Lettre d’Urgences, inspiré du quotidien des quartiers populaires dont il est issu, aborde la violence, la mémoire et l’indifférence mondiale, d’Haïti à Gaza en passant par l’Ukraine.
Pour ces poètes, Haïti n’est pas seulement un thème, mais une essence. « Haïti est l’essence même de mon encre », affirme Wasly Noris, tandis que Peterly Salomon la décrit comme « la sève et le nimbe » de sa création. Tous s’accordent à reconnaître à la poésie un rôle fondamental dans le contexte de crise que traverse le pays : « Écrire devient une nécessité », soutient Noris, là où Salomon insiste sur la capacité de la littérature à sensibiliser, dénoncer et élever les consciences.
Ces distinctions témoignent d’un moment significatif pour la littérature haïtienne contemporaine. Peterly Salomon, déjà titulaire du 4e Prix Général Étranger de Poésie en Liberté (France, 2024) et finaliste à plusieurs concours internationaux, estime que cette reconnaissance démontre que « la littérature haïtienne est à un niveau mesurable aux autres, sinon supérieur ». Bertony Louis, lauréat du Prix Castello Di Duino et auteur du recueil Recoudre les horizons (2023), bénéficie actuellement d’une résidence à l’Université de Glasgow dans le cadre de l’Artist Protection Fund, confirmant son statut de voix établie de la poésie haïtienne. Tournés vers l’avenir, les lauréats capoisiens ont un message commun pour la jeunesse : lire et écrire sans attendre. « Il n’y a pas de bon moment : le meilleur moment, c’est maintenant », affirme Noris. « Osez ! », lance Salomon.