Un avion de Sunrise Airways décolle de l’aéroport Toussaint Louverture (Photo: Sunrise Airways)
Face à une insécurité persistante aux abords de l’aéroport international Toussaint Louverture, Sunrise Airways suspend à nouveau ses vols vers Port-au-Prince. Une décision qui complique davantage les déplacements dans un pays déjà fragmenté, où se rendre dans la capitale devient un véritable parcours à risques.
Ce lundi 20 avril 2026, la compagnie Sunrise Airways a annoncé la suspension immédiate de l’ensemble de ses vols à destination et en provenance de Port-au-Prince. En cause : la dégradation continue de la situation sécuritaire aux abords de l’aéroport international Toussaint Louverture, désormais jugée incompatible avec des opérations aériennes sûres.
Cette décision intervient dans un contexte particulièrement fragile pour le transport aérien en Haïti. Les liaisons entre Port-au-Prince et Cap-Haïtien venaient à peine de reprendre le 22 décembre 2025, après plusieurs mois d’interruption. Cette reprise faisait suite à des incidents graves survenus en novembre 2024, lorsque des avions de Spirit Airlines et de JetBlue Airways avaient été pris pour cible par des tirs dans l’espace aérien de la capitale.
Dans un communiqué, Sunrise Airways affirme privilégier la sécurité de ses passagers, de ses équipages et de son personnel au sol. La compagnie indique préférer suspendre ses opérations plutôt que d’exposer des vies humaines à des risques majeurs. Les passagers affectés sont invités à contacter la compagnie ou leurs agences de voyage pour obtenir assistance. Aucune date de reprise n’est envisagée pour l’instant.
Cette nouvelle suspension reflète une réalité plus large : la détérioration continue de la situation sécuritaire en Haïti. Aujourd’hui, plus de 80 % de Port-au-Prince serait sous le contrôle de groupes armés. Les axes routiers reliant la capitale au nord et au sud du pays sont également fortement perturbés. Les voyageurs doivent composer avec des barrages, des péages informels et des risques constants d’intimidation, voire d’enlèvement.
À cette crise s’ajoute la décision de l’Administration fédérale de l’aviation américaine (FAA), qui interdit aux compagnies aériennes américaines de survoler Port-au-Prince jusqu’au 3 septembre 2026, en raison des mêmes menaces sécuritaires.
Dans ce contexte, se déplacer vers la capitale devient un défi majeur. Les options sont limitées : quelques vols humanitaires opérés par UNHAS, non accessibles au grand public, ou des services privés d’hélicoptère dont les tarifs dépassent souvent 600 dollars par passager. Pour une personne confrontée à une urgence, le choix est brutal : trouver les moyens de payer un transport aérien hors de portée pour la majorité, ou affronter la route, avec son lot d’incertitudes, de dangers et de blocages imprévisibles.
Dans un pays où l’essentiel des services administratifs, sanitaires et économiques reste concentré à Port-au-Prince, cette situation accentue les inégalités et l’isolement des régions. Combien de temps cette paralysie va-t-elle durer? Pour beaucoup, voyager vers la capitale signifie désormais débourser plus de 1 300 dollars pour un aller-retour en hélicoptère, ou prendre le risque de traverser des routes contrôlées par des hommes armés, avec la peur constante de rester bloqué pendant des heures, voire des jours. Une réalité qui interpelle, une fois de plus, sur l’urgence absolue d’un retour au calme.